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jeudi 28 juin 2012

Pourquoi la Martinique peut devenir une destination culturelle ?

Un million de touristes...C’était en 2000, autre siècle, autre époque. Aujourd’hui la Martinique se bat pour attirer plus de 600 000 visiteurs sur son territoire. Dans cette morosité ambiante, le Conseil Régional de la Martinique a décidé de faire du tourisme une des priorités de la mandature en l’associant à la valorisation du patrimoine et de la Culture. Il s’est d’ailleurs lancé, en 2011, dans la préparation d’une candidature pour intégrer les prestigieuses Listes du patrimoine mondial de l’UNESCO. A travers ce mémoire universitaire, il s’agit de comprendre comment la Culture peut constituer une ressource d’avenir à la fois pour le tourisme mais aussi pour l’économie des territoires, tout en s’appuyant sur les listes UNESCO, pouvant par ailleurs, se transformer en un outil marketing pertinent dans une stratégie de tourisme culturel. L’étude propose d’aller jusqu’au bout de la démarche, en ne se contentant pas de faire de l’inscription une fin en soi mais plutôt un préalable nécessaire au repositionnement de la Martinique en tant que destination touristique culturelle. 

Consulter ou télécharger l'étude en ligne menée en Septembre 2011 dans le cadre de ma collaboration avec M. Patrick Chamoiseau pour le compte du Grand Saint-Pierre. 


samedi 10 septembre 2011

Pour un tourisme culturel en Martinique (2/2)

"Nous aimons bien les touristes mais nous préférons les voyageurs"


[ Fait suite à " Pour un tourisme culturel en Martinique 1/2 ]

Ce mythe du voyageur à la recherche de l'identité culturelle d'un pays amène à réfléchir sur le profil des visiteurs en Martinique. A la fois clientèle majoritaire (80.3% en 2010, source : C.T.O.) et la moins intéressée par les activités culturelles (17.5% en 2010, source : C.M.T.), la clientèle française qui se rend en Martinique n'a pas identifié le territoire en tant que destination culturelle. Pour transformer l'île et se positionner sur le segment culturel,  il faut s'appuyer sur des produits culturels à forte valeur ajoutée, une collaboration entre acteurs et la transformation des territoires et des imaginaires. Je m'en explique brièvement :

      1. L'identification de locomotives culturelles

Je m'appuie ici sur les recommandations du sociologue martiniquais, M. Hector Elizabeth, qui considère qu'il faille suivre une méthodologie en deux étapes, à savoir l'identification du gisement culturel et la "thématisation" de ce dernier à partir "d'un lieu, d'un territoire, d'une pratique ou d'un concept". Jean Michel TOBELEM parle de projets culturels possédant une forte attractivité (par sa nouveauté, son positionnement, son originalité, sa singularité) et exerçant un effet sur son environnement et sur la dynamique du développement local. Le sociologue Hector Elizabeth identifie deux locomotives culturelles qui pourraient être un ensemble de personnalités dont l'aura international bénéficieraient à l'île (Césaire, Glissant, Fanon,  De Beauharnais). Quant au second, s'appuyer sur les éléments remarquables du territoire (Montagne Pelée, Rocher du Diamant, Tour des Yoles) qui seraient d'ailleurs mis en valeur plus facilement grâce à leur inscription sur les listes Unesco. Je rajouterais pour ma part, la gastronomie. L'influence que peut avoir la gastronomie dans une stratégie de développement touristique n'est pas à négliger, particulièrement si l'on souhaite s'inscrire dans une dynamique de différenciation avec les autres îles caribéennes (j'y reviendrais dans un prochain billet).

     2. La nécessaire collaboration entre acteurs

Il faut bien comprendre qu'une stratégie touristique fait partie d'un projet de développement territorial, et pour assurer sa réussite, ce projet doit être porté par l'ensemble des acteurs locaux (population, professionnels, institutions) et les touristes eux-mêmes, puisqu'on s'adresse à eux plus particulièrement. Pourquoi ce besoin de faire collaborer des acteurs ? Parce que les professionnels de la culture et du tourisme ont trop souvent des logiques et des objectifs différents. A l’irrationalité culturelle française s'oppose le mercantilisme touristique. Pour assurer un positionnement culturel, le changement ne doit pas s'opérer sur la seule offre de produits et services mais aussi sur la façon de travailler des professionnels. La Martinique doit se doter en professionnels de la culture et du tourisme capable de trouver un juste équilibre entre pédagogie (autodidaxie des visiteurs) et marketing (recrutement, fidélisation, satisfaction...des visiteurs).

     3. Transformer les territoires et les imaginaires

Enfin, pour que l'île devienne une destination culturelle encore faut-il qu'elle soit le reflet d'une effervescence culturelle retrouvée et d'une attractivité certaine auprès des populations locales. Passer par la Culture pour développer un territoire est d'autant plus pertinent que cette dernière dispose de ressources localisées ((patrimoine, équipements, savoir-faire...). L'investissement massif dans les activités culturelles s'est souvent faite parce que les pouvoirs publiques ont considéré qu'elles auraient un impact sur la vitalité économique et sociale des lieux par le renforcement de leur attractivité (migration d'entreprises, de populations, d'institutions...).On parle souvent de "l'effet Guggenheim" pour illustrer cette réussite culturelle puisque depuis sa création, le musée a contribué à la création d'un secteur touristique jusqu'alors inexistant, qui a fait de l'Euskadi la 2ème région la plus riche d'Espagne par exemple. Cette transformation des territoires ne pourra être totalement réussie que si les populations locales retrouvent l'envie d'investir dans des lieux jusqu'alors délaissés, je pense ici aux territoires du Nord de la Martinique concerné par le projet d'aménagement Grand Saint-Pierre.

La transformation de la Martinique en tant que destination touristique culturelle passe par un développement endogène et durable, tandis que les projets de développement touristique devront s’adresser en premier lieu, aux premiers acteurs touristiques de l’île…les martiniquais eux-mêmes !


mercredi 7 septembre 2011

Pourquoi le Tour des Yoles ne peut pas intégrer la liste du patrimoine mondial ?




L'idée jusqu'alors partagée entre passionnés fait dorénavant irruption dans le débat public quand le Conseil Régional décidé de communiquer en cette année 2011 sur la préparation de la candidature du "Tour des Yoles Rondes" au patrimoine mondial de l'Humanité. Mais si cette nouvelle a été plutôt bien accueillie, puisqu'elle vise à mettre en lumière un patrimoine endémique à la Martinique, peu d'entre nous se sont intéressés sur la probabilité de succès d'une telle entreprise. Parlons sans ambages, la réponse est négative et pour mieux le comprendre, commençons par le commencement...l'Unesco, ses listes, ses critères, pourquoi les Yoles n'en ferait pas partie ?

1. Le Tour des Yoles ne peut pas intégrer la liste du patrimoine mondial

La liste UNESCO la plus connue au monde reste la liste du patrimoine mondial de l'Humanité créée en 1972. L'organisation onusienne s'inquiétant des dégâts subis par les patrimoines du monde après la Seconde Guerre Mondiale et met en place une convention internationale pour les protéger. A la lecture de la Convention pour la protection du patrimoine culturel et naturel de 1972, on comprend bien que le Tour des Yoles en tant que manifestation culturelle ne peut être considéré en tant qu'élément du patrimoine culturel tel que le concevait l'UNESCO dans les années 1970. N'étaient pris en compte, en effet, que les seuls éléments du patrimoine matériel, excluant de fait toutes les interactions sociales entre les Hommes. Ce n'est qu'au fil des années que l'Organisation va prendre conscience du caractère restrictif de sa définition du patrimoine et chercher à l'étendre au patrimoine culturel immatériel, soit l'ensemble des traditions, pratiques, manifestations, rituels etc... hérités et transmis aux générations suivantes au sein d'une communauté. Du tout bon pour les Yoles me direz-vous ? Pas tout à fait...

2. Le Tour des Yoles ne peut pas intégrer la liste du patrimoine culturel immatériel

Bien sur, l'UNESCO créée en 2003 une nouvelle Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel qui reprend les éléments cités ci-dessus et élargit la définition de la notion de patrimoine aux manifestations culturelles comme le Tour des Yoles. Elle ira même jusqu'à créé la Liste du patrimoine culturel immatériel de l'Humanité en 2008, qui se base à peu de choses près sur les mêmes principes que la première. Néanmoins, son objectif est relativement différent, puisqu'il ne s'agit plus de mettre en valeur un site culturel pour permettre aux territoires d’en tirer profit économiquement mais de mettre en scène une pratique culturelle pour les communautés se la réapproprient et contribuent à sa sauvegarde. L'UNESCO ne veut donc pas tomber dans l'exploitation commerciales outrancière qui a été faite de sa première liste (voir article pour un positionnement culturel de la Martinique) et souhaite que les éléments inscrits répondent à un besoin non pas de commercialisation mais de protection d'un patrimoine menacé alors qu'il est pratiqué ou utilisé depuis plusieurs générations. Le Tour des Yoles est loin d'être un patrimoine menacé au contraire et ce qui rebutera à n'en pas douter l'Organisation est double. A la fois parce qu'il est un patrimoine relativement jeune (seulement 26 ans!) et qu'il est une manifestation surexploitée commercialement. On fait quoi alors ?


3. On n'inscrit pas le Tour mais les Yoles Rondes

Si vous êtes restés attentifs jusque-là c'est que soit vous avez survolés les premières parties, soit la question vous intéresse vraiment. Quelque soit la solution que vous avez choisi, voici celle que je préfère proposer. Inscrire non pas le Tour des Yoles, jeune manifestation commercialement surexploitée, mais réorienter l'inscription autour du patrimoine historique (avec le gommier) des techniques de fabrication, de navigation d'une embarcation endémique à la Martinique. Pourquoi pas travailler sur une inscription en collaboration avec notre voisine la Dominique qui utilise elle-aussi les gommiers et nous fournit en matières premières pour la fabrication de nos propres embarcations. A l'instar de la France qui a inscrit en 2009 le repas gastronomique Français (soit la façon dont les français aiment se retrouver à table pour fêter les évènements importants de la vie) au patrimoine immatériel tout en communiquant sur la gastronomie française, rien n'empêchera par la suite et à travers cette distinction, de mettre en valeur une manifestation populaire comme le Tour des Yoles.

Symbole de son intelligence, manifestation de son exubérance, les Yoles Rondes sont le fleuron du patrimoine martiniquais. 
  



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